A _ Cité grecque et invention de la démocratie
L'origine de la démocratie athénienne est l'isonomie, elle est l’œuvre essentielle de Clisthène, qui la met en place par ses réformes de 508 et 507 av. J.-C. Ces réformes forment une charnière entre l’époque archaïque et l’époque classique. Clisthène est considéré comme le dernier législateur archaïque dans la tradition de Solon et de Dracon et comme le premier législateur de l’époque classique. Ses réformes sont préparées par Solon ainsi que par la tyrannie qui a pour conséquence une diminution du prestige des Eupatrides. (source wikipédia)
Si la création de la politique est grecque, la Cité grecque est-elle une formule absolue ? La cité inventée est placée sous le signe de l’isonomie, de l’égalité entre les citoyens. Or cette Cité incontestablement égalitaire (on n'évoque que l’égalité entre citoyens), est un espace qui fait bénéfice à l’indifférenciation. La Cité égalitaire est un Corps unique dont tous les membres ont le devoir d'être égaux. Et par cela se forge un espace public indifférencié.
L’isonomie est un système physique et une formalisation de l'espace. Avec la réforme de Clisthène « la Polis tend à prendre la forme d’un univers sans étages ni différenciations. » (J.P. Vernant).
B _ La Renaissance et l'humanisme ou division du corps urbain
Avec cette aire, nous faisons face à une division de l'espace urbain afin de permettre une vie publique. À la différence du chemin tracé par Clisthène , la Renaissance va permettre les différenciations , et donc une possibilité de division et de conflit politique au coeur de l'espace urbain. La seule condition pour que cela s'opère est la politique, pas uniquement l'agora du temps des grecs, mais la dissolution de ce corps qu'était la cité, et la différenciation d’un pôle de la politique et de la société. Si la dimension civique est fondamentale et renvoi aux modèles de Rome, de l’urbs romain, ou de la cité grecque, avec cette Re-naissance il y a une fracture au niveau de l'urbain, et de sa condition. Pour saisir une signification de cette rupture, on peut reprendre les écrits de Machiavel, la Cité moderne se démontre par le démembrement du corps autrefois unifié et par la démêlement des ordres.
La ville (villes italiennes, villes hanséatiques) se définie par l’éclatement graduel du corps unifié par division. Or, c’est l'apparition du politique, et au sens littéral d’un espace public (interdit par l’État despotique) son autonomie, qui rend possible l’indépendance d’autres ordres, dans le cas présent tout ce qu'embrasse le juridique, l’esthétique, la morale, et l’éducation etc.
La ville des cités républicaines, propose le cadre d’une double rupture : entre le pôle du gouvernement et la société, la rupture au sein même de la société (lutte des classes). Ici, le carrefour historique se perçoit mieux : la politique peut aller dans le sens d’une intensification du pôle de l’État (réunification sous l’effet d’une domination) ou bien maintient de la division consubstantiel de la l'ambiguïté démocratique. À partir de ce moment, la condition urbaine est indissociable de l’apparition d’une vie publique dont l'agencement n’est pas seulement la fondation d’un espace public (agora ou place).
« La révolution démocratique moderne se reconnaît à cette mutation : point de pouvoir lié à un Corps. Le pouvoir apparaît comme un lieu vide et ceux qui l’exercent comme de simples mortels qui ne l’occupent que temporairement ou ne sauraient s’y installer que par la force ou la ruse ; point de loi qui puisse se fixer, dont les énoncés ne soient contestables.. » (Claude Lefort à propos de Florence)
Le souffle de la démocratie, inséparable d’une transformation de l’espace urbain, public et privé, reflète une conflictualité et vide le Pouvoir de son sens, c'est à dire crée une indétermination majeure. Le problème est moins celui de l'espace public que celui de la opposition rendue possible à l'intérieur de la Cité. De la même manière que la Ville réseau cultive une relation au dehors, la ville moderne, la Cité démocratique permet une correspondance entre le centre et la périphérie mais aussi entre les différentes classes qui produisent la Cité, et entre la société civile et le pôle de la politique. L’espace de la ville est la modalité de possibilité d’une division dans un cadre commun, c’est en cela qu’il se différencie de la Cité grecque.
Ici la condition urbaine nous enseigne la question de la ville comme dés incorporation. L'apparition de la politique à l'intérieur de la Cité moderne permet la division au milieu d’un même corps.
Le dés-enchevêtrement des ordres va avec une différenciation et une indétermination de la place de la Loi. C'est la seule clause pour une mise en rapport au niveau démocratique qui donne tout son sens à l’espace public.
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