Une fois suivie les circonstances de la ville à travers l''histoire, que pourrait nous apporter une phénoménologie du corps urbain ? Selon Françoise Choay le corps, le corps de l’individu dans la ville, montre la plus grande capacité d'endurance à l'aval des flux sur les lieux.
Comment re-fabriquer du non lieu, de l’espace public ? C’est aussi admettre que l'essence même d’un espace public rappelle son aptitude à mettre en relation, à opérer au sein des « non-lieux ». Pour illustrer ce propos je m'appuie sur deux auteurs, tout d'abord . Il nous montre que le corps urbain se situe entre deux données extrêmes du privé et du public, entre la mise en marge pour le privé, et l'étatisation pour le public.
« Multitude, solitude: termes égaux et convertibles(pour le poète actif et fécond). Qui ne sait pas peupler sa solitude, ne sait pas non plus être seul dans une foule affairée. »
("les foules" Baudelaire)
Il ne faut ni se replier sur soi-même, ni se diluer dans la foule. Pour Baudelaire, il n’y a ni privé ni public, mais le besoin d'un équilibre en renversant l'état dans lequel on est, pour pouvoir atteindre une intimité dans la foule, et une complexité ou multitude dans le privé. Le corps de la ville n’a-t-il pas pour devoir de relier le corps individuel et le corps collectif en se gardant de la fusion au milieu de la masse, une caractéristique de la ville, ou la plus aiguë des solitudes ?
Face à la diversité des rythmes de la ville, à leur inclination possible par le privé ou la foule, peut-on alors supposer « une forme de la ville » ? C’est ce qu'essaye le deuxième écrivain sur lequel je m'appuie. Dans son ouvrage sur la ville de Nantes intitulé « la forme de la ville » Julien Gracq tente de saisir pourquoi cette dernière à plusieurs dimensions à ses yeux, entre l'anonyme, l'idéologique et le personnel, il met en scène les facteurs caractéristiques de l'essence de la ville. Soucieux de comprendre pourquoi Nantes est pour lui « une » ville, « la » ville, « sa » ville, Gracq met bien en scène les facteurs constitutifs d’une ville. Je les évoque et je souligne leur lien avec la question de la division et de la mise en relation.
_premièrement, une ville ne vie que selon des parcours et des trajectoires qu’elle permet .C’est une milieu de friction :
« Ce qui fait de la ville un milieu sous tension, ce n’est pas tellement la concentration de l’habitat, l’état de friction latente et continuelle qui électrise les rapports, la multiplicité des possibles ouverts à l’existence individuelle, c’est pour moi bien davantage l’antagonisme qui y règne entre un système de pentes naturellement centrifuges, qui toutes mènent le noyau urbain vers son émiettement périphérique, et, en regard, la puissante astreinte centrale qui les contrebalance, et qui maintient la cohésion de la cité (…). C’est ainsi que se reconstruit dynamiquement dans ma mémoire l’image de Nantes, un peu à la manière dont l’araignée construit sa toile. »
_ Néanmoins la trajectoire dans une ville n’est pas variable, confus, insensé, surréaliste, promis uniquement au rêve. Il n’y a d'itinéraire possible que selon des lieux urbains permettant ces circuits (école, musée, lieu de culte, mairie…). Mais ces endroits qui rythment des trajectoires sont la substance d’une « image mentale » qui se crée et qui évolue en la notion même de la ville. La forme de l'urbain est la connexion d'endroits, de trajectoires et d’une Idée de la ville qui traverse le nom de la ville et tous les noms qui relatent de son histoires (comme les noms des rues).
_ Mais alors , quels sont les lieux qui permettent ces parcours emmêlant le passé et le présent ? Ou, pour le formuler d'un autre manière , qu’est-ce qui permet qu’un lieu ou une agrégation de lieux s'accomplissent en une ville ? Ce sont ces espaces qui encouragent une relation entre deux termes, des « entre-deux » et qui produisent un effet de bascule. Le corps de la ville fait s'opposer et s'affronter ainsi que les sphères du privé et du public. La cadence urbaine est indissociable de ces lieux de basculement qui permettent une liaison où l'on ne passe pas de manière logique de l'un à l'autre mais où on passe de l’un à l’autre en évitant la fusion (la foule entassée devant un musée ou un monument) ou l'isolement .
La relation, le rythme de l’entre-deux, sont des facteurs de dissimilitude ; on ne passe pqs de l’un à l’autre de manière continue. Cette discordance est indivisible d’une rencontre plus ou moins aboutie avec l’autre.
Comment mieux comprendre cette cadence ? Elle repose sur un attachement au dé-centrement, elle est inséparable d'endroits dont les passages sont le modèles par excellence ( Baudelaire, Gracq mais aussi Walter Benjamin), et elle pousse à prendre en compte une certaine forme de solidarité, c’est-à-dire des mises en relation caractéristiques. Comment faire des nœuds, trouver le rythme qui favorise une relation qui ne se noue pas trop (la masse, la fusion, le désordre) ou ne se dénoue pas trop (le morcellement, l'échappée, la panique) ? Est ce que cela doit surprendre, la question urbaine est celle du nouage, question qui a obnubilé des peintres comme Hantaï ?
Depuis la traduction des du « livre des Passages » de Walter Benjamin les passages ces espaces recouverts de verre ou laissés à l’air libre ont longtemps été délaissés mais recouvrent leur dimension d'autrefois depuis quelques dizaines d'années. Mais quoi de plus qu'un autre milieu sous tension ou l'on peut basculer?
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