Pour Hannah Arendt, auteur de La Condition de l’homme moderne, on ne peut séparer la politique de l’invention de la Cité grecque, de la Politeia et de l’apparition d’un espace « public », un espace qui donne une visibilité « politique » aux rapports humains. Mais elle montre aussi, ainsi que les théoriciens de l’Ecole de Francfort, que cet espace public va progressivement se dégrader en même temps que le social est remplacé par le politique. Ce n'est pas dû à des raisons démographiques, quantitatives, mais relatif à la possibilité de « rendre visible » un certain type d’actions et de relations.
Comment mettre en relation, telle est le propos de l’espace public ?
À la lumière des propos de l’historienne de l’urbanisme Françoise Choay, nous vivons, avec l’entrée dans l’ère des réseaux, un monde de l’après-ville, un monde où le flux l’emporte sur le lieu, où le règne de l’urbain accompagne la mort de la ville. L’espace public s’y réduit au centre commercial et à l’espace de loisirs, l’espace public est le lieu de la connexion des flux.
Selon Rem Koolhass, volontairement provocateur, la cause de la ville urbanisée n’est qu’un souvenir des Villes-Musées européennes. Il insiste sur le paradoxe d’une Ville qui se meurt par abandon du politique. La question de l’espace public n’est plus celle de la politique mais celle de la mise en relation de flux divers.
Tout irait de pair, l’ère du réseau, la mondialisation, la mort de l’espace public, et la consomption du politique. Et pourtant, le questionnement sur la ville et l’espace est constant. La ville fige en elle des interrogations sur le monde contemporain. À travers le prisme géant de l’urbain, c’est notre rapport à la politique et à l’espace public qui est examiné.
A_ étendue urbaine et non-lieu
Peut-t-on réduire la ville uniquement à un lieu ? L’univers du réseau consiste-t-il à connecter des lieux ? Non, la condition urbaine est inséparable d’un espace caractéristique organisé comme un « non-lieu », comme un espace qui se différencie d’une zone fermé, d’une bastille ou d’une citadelle, mais aussi du Panoptique.
Prenons la définition du lieu de Michel de Certeau s'inspirant de la perspective phénoménologique de Merleau-Ponty qui déjà distinguait l'espace géométrique de l'espace anthropologique « Est un lieu l’ordre (quel qu’il soit) selon lequel les éléments sont distribués dans des rapports de coexistence. S’y trouve donc exclue la possibilité pour deux choses d’être à la même place. La loi du « propre y règne ». Il y a espace dès qu’on prend en considération des vecteurs de direction, des quantités de vitesse et la variable de temps. L’espace est un croisement de mobiles… L’espace serait au lieu ce que devient le mot quand il est parlé… En somme, l’espace est un lieu pratiqué. » .
Ainsi la problématique de l’espace public n’est donc pas celle du lieu public. L’espace de la ville ne se mélange pas avec l’ordre d’un lieu. Si l'on observe les utopies urbaines imaginées comme des lieux pleins et encadrés, le non lieu n’existe pas, il y est proprement contraire. Si le non-lieu et le désordre sont le motif de l’espace urbain, quel « désordre » concerne-t-il ?
La considération du réseau, de l’interconnexion, et de la globalisation de l'urbain nous amène dans deux chemins qui s’opposent. Soit l’on se préoccupe, tout comme Françoise Choay, de la transposition du réseau au lieu en négligeant l’idée que l’espace public n’est pas un lieu, mais la disposition de la connexion qui seule caractérise l’espace public.
Soit l’on reprend l'idée que la ville, à commencer par la ville biblique qui donne lieu à des commentaires dans la Torah, est indivisible du réseau, ce qui permet de progresser dans la connaissance de la condition urbaine et de discerner la ville qui fait réseau de la ville auto centrée.
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